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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 00:00
 

Jamais bouchère n’était plus à croquer que la bouchère de la rue des Martyrs.
Elle était aussi belle qu’une entrecôte dans le filet, et quand elle portait ses bas résilles, elle s’arrangeait toujours pour me faire voir un peu du haut de ses cuisses ainsi lardées, dans le seul but, je suppose, de me mettre encore davantage l’eau à la bouche et le sexe à la main, en un mot comme en sang, on ne pouvait pas dire que c’était du boudin, non, la bouchère de la rue des Martyrs était belle comme un cœur.

Elle tenait la caisse pendant que son gros boucher de mari taillait dans la barbaque.
Elle rayonnait tant et plus au milieu de toute cette viande morte, qu’il faut bien reconnaître que j’en étais tombé follement amoureux.
Chaque jour, je venais acheter une belle tranche de cœur dans l’unique but de m’approcher de la belle. Depuis mon enfance, le cœur est mon morceau préféré avec les choux de Bruxelles.

Ce petit manège durait depuis un mois, et ma bouchère n’avait pu manquer l’émoi qu’elle me causait, ne serait-ce qu’à travers les regards enflammés que je lui lançais et qu’elle ne faisait rien pour éteindre.

Un jour, je pris mon courage à deux mains, et alors que sa grosse vache de mari était dans ses frigos, je lui donnai rendez-vous pour le soir même dans l’impasse derrière sa boutique.
" Minuit " qu’elle me fit pour toute réponse.

Dire que j’y étais à minuit saignante ne serait pas exagéré puisque je m’y suis rendu sitôt sorti de la boutique.
Elle ouvrit la porte de derrière la boucherie à minuit dix, et me fit signe de la suivre en silence.
Ce que je ne manquai pas de faire et plutôt deux fois qu’une.

Je pénétrai à sa suite dans un immense frigo avant d’en faire de même avec elle.
Le froid n’avait pas calmé mes ardeurs, bien au contraire, et elle était chaude comme de la braise à faire cuire un troupeau entier de bœufs argentins.
Permettez-moi de ne pas vous en dire plus et de faire ainsi planer un certain mystère sur nos ébats parmi les quartiers de viande, votre imagination débordante se chargera bien de vous entraîner sur un terrain fangeux et salace pas très loin de la vérité.

Alors qu’elle me raccompagnait, je la suppliais de quitter son gros boucher de mari pour me suivre au bout du monde où je m’occuperais aux petits oignons de ses escalopes.
Elle m’a ri au visage en me déclarant que je pourrais avoir son corps autant que je le souhaiterais mais que jamais je n’aurais son cœur.
Je ne sais pas ce qui m’a pris, alors que je passais devant une étrange machine pleine de tubulures, j’ai saisi un os de gigot qui traînait dans une poubelle et lui ai fracassé la tête avec.
Elle est morte sur le coup d’une rupture dans l'échine.
Elle s’est affalée dans la sciure comme un vieux jambon de pays.

J’allais me sauver comme un lapin de La Garenne Colombes quand je m’avisai que la machine tuburulesque n’était autre qu’un broyeur incinérateur de déchets organiques.
Comme vous vous en doutez, mon ingénieux cerveau qui me sert à réfléchir m’a suggéré d’y enfourner la bouchère et tous ses accessoires, ce que je fis sans me prier.
Mais avant, j’ai procédé à une petite opération vengeresse de mon acabit.
Il n’a pas fallu plus de cinq minutes pour faire disparaître la cochonne ; c’est beau le progrès.
Je suis rentré chez moi, le cœur léger.

Le lendemain, je me suis rendu à ma boucherie favorite.
Le boucher était tout seul dans la boutique, la belle bouchère ne tenait pas la caisse, un autre cas de figure aurait pour le moins été fortement étonnant.
- Qu’est-ce que je vous sers ? qu'il me demande.
- Comme d’habitude, si vous avez.
- J’ai justement, et c’est le dernier. Et avec ça ?
Je clôturai la vente sur un " Ce sera tout " sans équivoque.
- Madame n’est pas là aujourd’hui, j’espère qu’elle n’est pas malade, que je m’inquiéte poliment.
Il poussa un long soupir, très triste pour un boucher.
Une lueur de meurtre traversa son regard comme une comète de Halley dans un ciel d’été.
Ah, comme je la connais bien cette comète, je la reconnaîtrais entre mille.
- Non, elle n’est pas malade, je pense même qu’elle doit péter la santé à l’heure qu’il est, et tel que vous me voyez là, je serais bon pour le rôle de Raimu si j’étais boulanger et si j’avais un chat à la con, enfin, si vous voyez ce que je veux dire.
Je voyais.
Pauvre boucher.
Mais de ma vie, jamais je n’ai dégusté un cœur aussi tendre que celui de la bouchère de la rue des Martyrs.

Toto.

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Published by gilonimo - dans Histoires de Toto
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commentaires

déclik 01/09/2006 00:42

"...mon morceau préféré avec les choux de Bruxelles"Aucun doute, toto est vraiment un psychopathe pour aimer les choux de Bruxelles !!
 
"... un euphémisme que je ne franchirais pas davantage."Toto n'aurait pas franchi d'avantage un euphémisthme
 

slowdown 31/08/2006 23:35

Avec un texte comme celui-là, ton over blog rank devrait facilement augmenter ! Merci de me faire rire !

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