Le jour où je suis mort,
C’était un jour comme un autre,
Ni plus, ni moins.
Le soleil s’est levé sans qu’on ne lui demande rien,
Comme les autres jours où je ne suis pas mort.
Le jour où je suis mort
Rien ne laissait à penser
Que c’était le jour où je suis mort,
J’étais même plutôt en pleine forme,
Comme quoi on ne peut faire confiance à personne.
Je me suis réveillé comme si de rien n’était,
J’ai voulu arrêter la sonnerie du réveil
En appuyant sur le petit bouton prévu à cet effet,
Et ça a marché,
Exactement comme un autre matin
Qui n’aurait pas été le matin du jour où je suis mort.
Je me suis levé sans l’embrasser.
J’aurais dû.
Maintenant que c’est trop tard,
Je me dis que j’aurais dû.
L’embrasser.
Si ça se trouve,
On aurait tout remis à plat,
Et de fil en aiguille on aurait fini par faire l’amour,
Ça aurait provoqué un décalage dans mon espace temps.
Mais à quoi bon,
Je l’ai laissé dormir.
C’est la dernière fois que je l’ai vu.
Et encore,
Je n’ai vu que ses cheveux.
Le jour où je suis mort,
Les oiseaux chantaient sur les poteaux électriques
Cette chanson de Johnny Sur la route de Memphis,
Rien que de très banal,
A moins que c'était à la radio,
Je ne sais plus très bien.
La journée du jour où je suis mort s’est passé sans qu’il ne se passe rien d’extraordinaire,
Et c’est ça qui est extraordinaire,
Dans un sens.
Le soir du jour où je suis mort,
Je suis rentré chez nous comme un autre jour,
Un mardi ou un mercredi.
Sur la table de la cuisine il y avait un post-it orange :
" Je te quitte.
L.
Il y a du porc froid dans le frigo. "
J’étais le seul à pleurer le jour où je suis mort.