
Ça y est, j’ai tué mon premier vieux.
J’ai profité de la canicule.
Je l’ai choisi bien blette, qui sentait le moisi, un qui avait du vécu.
J’ai préféré prendre un vieux plutôt qu’une vieille.
Un vieux me semblait moins sale,
Me demandez pas pourquoi.
En fait, ça doit être à cause des odeurs des parties génitales,
Je sais pas.
Je me suis déguisé en La Mort avec une faux que j’avais fauché au père Plumart.
Il habitait un petit pavillon en bordure de la ville.
Il était minuit quand j’ai sonné à sa porte.
Il dormait pas, on aurait dit qu’il m’attendait.
Il a ouvert, il m’a dévisagé et il a dit :
- C’est pas trop tôt, c’est à c’t heur-ci qu’t’arrives salope ?
- J’arrive à l’heure que j’peux, que j’ai répondu penaud.
- Ben entre, qu’il m’a dit, tu vas attraper la crève.
Et il s’est marré.
- Tu veux un café ? qu’il m’a demandé.
- Je préférerais une petite bière, que j’ai répondu.
- C’est donnant-donnant, hein pourriture ?
Devant mon étonnement , il a précisé :
« Tu veux une bière en échange de celle que tu vas m’offrir tout à l’heure, c’est comme une consigne. »
J’ai dit oui sans bien comprendre ce qu’il voulait dire, du moment qu’il me ramenait ma bière, le vioque.
Il m’a ouvert une Kronenbourg qu’il m’a refilé sans verre parce qu’il voulait pas faire la vaisselle.
Il hochait doucement la tête pendant que je faisais couler le houblon dans ma gorge.
- Tu m’as piqué mon chien, tu m’as piqué mes enfants, tu m’as piqué ma femme, tu m’as laissé tout seul comme un con toutes ses années ordure, et te voilà la gueule enfarinée avec ta faux. Pourquoi t’as pas pris ma femme plus tôt ? J’aurais pu profiter de la vie.
Mais non, t’as attendu que j’ai soixante quinze balais et pendant douze ans, j’ai continué de pourrir tout seul en regardant les jeunettes qui se trémoussent du cul à la télé sans aucun espoir de rien.
T’as fini ta bière, crevure, qu’on en finisse ?
Tu vas m’emmener où ?
- Retrouver votre femme au Paradis.
- La merde ! Tu m’emmènes où tu veux mais pas rejoindre cette connasse.
- Bon, alors en enfer , que j’ai dit , si c’est votre dernière volonté.
- C’est ma dernière.
Je lui ai dit d’aller s’asseoir dans son fauteuil qu’était dans le salon au papier peint qui représentait des scènes de chasse, face à la télé.
Il s’est installé.
Je savais pas trop comment le trucider.
Y avait bien ma faux, mais j’ai pas envie de foutre du sang de partout.
Dans la cuisine, il y avait un sac Leclerc qui protège l’environnement ;
Je le lui ai foutu sur la tête et je l’ai étouffé.
Il s’est pas débattu, rien.
Quand j’ai retiré sa tête du sac Leclerc qui protège l’environnement, elle souriait sa tête.
J’ai rempli le sac de vieux trucs que j’ai trouvés en fouillant, et que je refilerais à droite et à gauche, je lui ai allumé la télé avant de partir, y avait une émission sur la pêche à la mouche ;
Les mouches, elles allaient pas tarder à radiner.
Ils ont découvert son corps qu’au bout d’une dizaine de jours, à cause de l’odeur dans le quartier.
Ça a fait une pleine page dans le journal local, sur les vieux qui sont tout seuls et qui boivent pas assez d’eau que c’est triste.
Toto.