J’ai cru en Dieu.
En Dieu tout Puissant.
En la Sainte Trinité et tout le Saint Frusquin.
C’était le jour où j’ai pénétré dans la petite église de Notre Dame de l’Immaculée Conception à Saint Fouquier.
Avant, je croyais en rien.
Ni Dieu, ni Maître, ni rien.
La lourde porte en bois a couiné comme un lapin qu’on torture, une douce odeur d’encens m’a envahi les narines, il n’y avait personne mis à part quelques statues de Jésus, de Marie et de je ne sais plus quels saints à la con, aux pieds desquels se consumaient des petites bougies à un euro.
Il y avait aussi dans un recoin, une grande croix qui devait faire au moins 3 mètres de haut, sans mentir.
Je me suis assis en face de la croix pour penser à ma vie, pour faire le point.
" Ah Seigneur, que je lui ai dit, qu’est-ce que je fais sur cette foutue terre ? C’est quoi le sens de ma vie ?
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Tu réponds pas, t’es jamais là quand on a besoin de toi pourriture."
Mais au lieu de penser plus longuement à toutes ces choses si bien philosophiques, je me suis assoupi, peut-être même que je me suis endormi.
C’est un vacarme assourdissant qui m’a sorti de ma torpeur.
C’était comme de l’orgue.
C’était comme un déluge d’orgue.
Et puis, je l’ai entendu, Dieu, oui Dieu, avec sa grosse voix toute pleine d’écho, il me parlait, à moi, je peux vous dire que j’en menais pas large :
- Qui est celui-là qui mêle des sentences avec des discours inconsidérés et ignorants ?
- C’est Toto, que j’ai répondu tout tremblant.
- Ceignez vos reins comme un homme ferme ; je vous interrogerai et vous me répondrez.
- Bon ben d’accord Votre Seigneurerie, interrogez-moi et je tacherais de vous répondre du mieux que je pourrais.
- Où étiez-vous quand je jetais les fondements de la terre ? Dîtes-le moi, si vous avez de l’intelligence.
- Je sais pas, j’étais pas né je pense.
- Est-ce vous qui, depuis que vous êtes au monde, avez donné des ordres à l’étoile du matin, et qui avez montré à l’aurore le lieu où elle doit naître ?
- Non, c’est pas moi qui a donné l'ordre de piquer les toiles de la maison de la culture, et si vous voulez parler de l’Aurore du Bois D’Auris, la salope, c’est pas moi qui l’ai violé non plus, j’ai pas eu besoin, elle était déjà morte.
- Est-ce vous qui, tenant en votre main les extrémités de la terre, l’avez ébranlée, et en avez secoué et rejeté les impies ?
- Bon, j’ai bien été obligé de l’enterrer et je peux vous garantir qu’on est pas prêt de trouver son corps.
- Êtes-vous entré jusqu’au fond de la mer, et avez-vous marché dans les extrémité de l’abîme ?
- Sa mère à l’Aurore ? Alors là, c’est aussi une belle salope, et c’est vrai que je l’ai pénétré bien profond comme vous dîtes, vous en auriez fait autant, mais elle était consentante et je l’ai pas tué.
- Qui a laissé l’âne sauvage libre, et qui a rompu ses liens ?
- Putain, j’étais qu’un gosse, c’était pour faire une farce au cantonnier, vous allez pas me ressortir toutes mes conneries, parce que demain on y est encore.
- Le rhinocéros voudra-t-il bien vous servir, et demeurera-t-il dans votre étable ?
- De quoi vous parlez ?
- Lierez-vous le rhinocéros aux traies de votre charrue, afin qu’il laboure, et qu’il rompe après vous les mottes des valons ?
- Vous débloquez grave là Dieu, je vais sûrement pas allez piquer un rhinocéros au zoo pour vous faire plaisir.
- Est-ce que vous prétendez détruire l’équité de mes jugements, et me condamnez moi-même pour vous justifier ?
- Non, mais bon, un rhinocéros c’est pas une petite affaire.
- Avez-vous comme Dieu un bras tout-puissant, et votre voix tonne-t-elle comme la sienne ?
- Faut pas vous fâcher comme ça, mais je vois pas comment je peux aller piquer un rhinocéros, c’est tout, mais je peux y réfléchir, laisser moi le temps, sinon vous pouvez pas me demander d’autres trucs plus faciles.
- Pourrez-vous enlever Léviathan avec l’hameçon, et lui lier la langue avec une corde ?
- Ah ben voilà, ça, pas de problème, donnez-moi son adresse.
- Lui mettrez-vous un cercle au nez, et lui percerez-vous la mâchoire avec un anneau ?
- Ok, vous fournissez le matériel ?
- Le réduirez-vous à faire d’insultante prière, et à dire des paroles douces ?
- Tu peux compter sur moi Dieu, il va pleurer sa mère.
- Fera-t-il un pacte avec vous, et le recevrez-vous comme un esclave éternel ?
- Il me mangera dans la main une fois que je me serais occupé de ses affaires, tu peux croire.
- Vous jouerez-vous de lui comme d’un oiseau, et le lierez-vous pour vous servir de jouet à vos servantes ?
- Je vais le plumer l’animal, parole de Toto.
- Ferez-vous que vos amis le coupe par pièces, et que ceux qui trafiquent le divisent par morceaux ?
- Pas besoin de mes amis, je ferais ça moi-même, on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Mes potes, ils risqueraient de saloper le travail. De toutes façons, mes amis sont tous en prison.
- Remplirez-vous de sa peau les filets des pêcheurs, et de sa tête le réservoir des poissons ?
- Si ça vous fait plaisir, je ferais ça aussi.
- Mettez la main sur lui ; souvenez-vous de la guerre, et ne parlez plus.
- J’y vais. Vous me donnez quand même son adresse ?
- Ma fureur s’est allumé contre vous et contre vos deux amis, parce que vous n’avez point parlé devant moi dans la droiture de la vérité, comme mon serviteur Job.
- Attends, tu te calmes, j’ai parlé dans la droiture là, j’ai dit que j’allais m’occuper de ton type et je vais m’en occuper c’est bon, en plus j’ai pas besoin d’amis que je t’ai dit, je vais tout faire tout seul, la langue, la mâchoire, le coupage en petit morceau, la tête dans le réservoir, tout, t’inquiète.
Et pour ce qui est de trouver un job, j’irais m’inscrire à l’ANPE après. Promis, juré. Pour l’adresse , t’occupe, je vais le chercher dans le bottin ton Léviathan.
Et je suis sorti en reculant et j’ai fait un espèce de signe de croix pour lui prouver que j’étais bien poli.
Alors que je poussais la lourde porte qui couine, j’ai entendu une voix qui venait du plafond et qui disait :
- A bientôt mon fils.
J’ai levé la tête et j’ai vu un curé dans sa chair, devant lui il y avait un micro et une bible grande ouverte.
Il m’a dit :
- Job, Chapitres XXXVIII, XXXIX, XL et XLII, des extraits bien sûr, pour mon sermon de ce dimanche, qu’en pensez-vous ? Vous viendrez ?
Ah, le salopard, j’aime pas qu’on me prenne pour un con.
Je l’ai crucifié sur la grande croix, le curé.
Toto.