C’était un jour comme un autre.
Sauf qu’il faisait beau et que les petits oiseaux chantaient.
Je me promenais tranquillement dans la forêts des Escarts, quand subitement,
j’ai eu envie de tuer quelqu’un.
Ça m’a pris comme une envie de pisser.
Une de ces envies d’étrangler un quelqu’un
et de le couper en petits morceaux de tailles à peu près égales ;
tout le monde a connu ça un jour dans sa vie.
Et bien moi, c’était dans la forêts des Escarts que ça m’a pris.
Je me suis rendu dare-dare dans la grande ville
qu’est à vingt minutes à peine en mobylette,
et ça tombait bien puisque j’étais en mobylette justement.
Trente minutes plus tard (j’avais attaché ma mobylette à un arbre,
ce qui m’avait pris quelques bonnes minutes),
je flânais dans les ruelles désertes à la recherche d’une proie facile
( j’avais pas envie de me prendre la tête);
mon désir de tuer un quelqu’un ne m’avait pas quitté de tout le chemin,
et c’était bien.
Je ne sais pas pourquoi je suis rentré dans cet immeuble,
mais j’y suis rentré, c’est un fait indéniable et irréfutable.
Au premier étage,
Patrick Poivre d’Arvor racontait les informations derrière une porte.
Je ne sais pas pourquoi j’ai tourné la poignée de cette fameuse porte,
Je ne sais pas pourquoi elle s’est ouverte
(peut-être n’était-elle pas fermée à clef, tout simplement),
Enfin, j’ai pris ça comme un encouragement.
Je me suis dirigé à pas de loup
(bien que je n’ai que deux pattes alors que les loups en ont quatre
comme vous devez le savoir si vous vous intéressez un tant soit peu à la géographie)
vers la voix de PPDA en parcourant un petit couloir sombre qui sentait le moisi,
j’ai atterri (c’est une façon de parler)
dans une salle à manger de fort mauvais goût
(c’est aussi une façon de parler, j’ai pas léché les murs),
Et que vois-je ?
Que vois-je ??
Un type qui dormait la tête dans son assiette,
je me suis approché doucement et là, horreur…
j’ai pu constater légistement qu’il avait un couteau de planté dans l’abdomen,
il y avait du sang partout sur son tee-shirt,
c’était un véritable carnage que j’aurais pas fait mieux,
et pendant ce temps,
ce con de PPDA continuait à raconter la politique comme si de rien n’était.
Et puis tout est allé très vite :
Deux types sont entrés,
" Qu’est-ce que tu fous là, toi ? ", " Merde, il a tué papa le salaud !",
Ils m’ont sauté dessus, je me suis débattu,
mais ils étaient super costauds, genre première ligne de rugby,
et ils m’ont tabassé sévère en gueulant,
" Police ! Police ! Il a tué papa ! Il a tué papa ! ".
Je ne sais pas vous, mais moi j’ai jamais vraiment aimé le rugby,
en encore moins ce jour là.
En moins de temps qu’il n’en faut pour marquer un essai,
il y avait un attroupement dans la pièce, et la police n’a pas tardé a rappliquer.
J’avais beau crier que j’avais pas tué papa,
personne ne m’a cru et encore moins la police.
Au poste, les poulets m’ont cuisiné,
je préfère quand c’est l’inverse, si un jour on a l’occasion,
je vous ferais goûter mon poulet basquaise, c’est un régal.
" Qu’est-ce que je foutais là ? ", " Pourquoi, je l’avais tué ? ",
" Qu’est-ce que j’avais volé ? ", " Est-ce que j’étais fiché ? ",
" T’es un sacré malade. "
On avait relevé pas moins de 48 coups de couteaux sur tout le buste de la victime.
Et plus je disais que c’était pas moi, plus ils me croyaient pas.
J’étais bon pour le trou.
Ils pronostiquaient dix ans si j’avouais,
vingt ans si j’avouais pas voire perpette,
parce que des types comme moi ça devrait pas exister.
Bon,
je ne vais pas faire durer ce suspens insoutenable parce que j’ai autre chose à faire,
mais je n’ai fait, au bout du compte,
que dix jours parce que j’ai été innocenté comme deux justes.
Un inspecteur consciencieux,
oui ça existe bien que cela puisse paraître improbable,
a fait une enquête minutieuse
et a pu finalement reconstituer les évènements dramatiques tels qu’ils se sont déroulés.
Si vous le souhaitez,
je vais vous en déposer ci-dessous les conclusions
(si vous ne le souhaitez pas, vous pouvez arrêter votre lecture ici,
pour les autres je vous prie de bien vouloir me suivre) :
L’homme n’avait pas été assassiné comme on pouvait le penser au premier abord
mais il s’était tué lui-même.
Mais comment donc ?
Quarante huit coups de couteaux !
Lui-même !
Impossible, assénez-vous certain d’être dans votre bon droit.
C’est pourtant simple et tellement évident.
Il faut savoir que le pauvre bougre,
en plus d’être distrait,
était atteint de la maladie de Parkinson avec crises aiguës et subites,
vous l’avez donc compris,
pas besoin de vous faire un dessin et c’est tant mieux car je ne sais pas bien dessiner,
il avait saisi son couteau à l’envers, la pointe vers lui,
la suite coule de source pour qui connaît cette maladie,
pour les autres rendez-vous sur le Larousse médical page 749.
La vie est parfois d'un comique.
J’ai été libéré avec les excuses du procureur de la république,
et la république, brave fille,
m’a donné 1500 euros de dommages et intérêts.
Quand on dit que le crime ne paie pas, je suis bien d’accord.
Toto.