Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un blog à la con tout simplement. D'utilité publique.

Publicité

Ce matin, je me suis réveillé en étant invité au mariage de Didière

Ce matin, je me suis réveillé en étant invité au mariage de Didière.
Mon lit était si inondé de mes larmes
qu’on aurait dit qu’un tsunami avait ravagé ma chambre dans la nuit.
Tout n’était que désolation et tristesse.
Je me suis traîné jusqu’à la salle de bain
où j’ai fait ma toilette sans passion ni espoir,
dans le seul but que d’être propre, et encore.
J’ai enfilé mon costume de mariage
comme on enfile un costume d’enterrement, avec peine.
 
J’avais un poids de cent cinquante kilos minimum sur l’estomac.
Et je peux vous certifier que c’est lourd deux cent cinquante kilos sur l’estomac
quand on n’est pas un haltérophile de profession
(oui, à la réflexion, c’était plus près de deux cent cinquante kilos voire de trois cent ;
je dis ça parce que j’ai eu vraiment du mal à me lever de mon lit,
alors qu’avec cent cinquante kilos, j’aurais réussi assez facilement.
Je n’ai pas pesé non plus, donc,
je vous donne ce poids sans aucune garantie car mon pèse personne est cassé,
c’est un peu du pifokilo.)
 
J’ai fait en sorte d’éviter la concierge dans les escaliers
en rasant les murs qui avaient une barbe de trois jours.
 
La rue était en noir et blanc comme dans les films du même nom.
Une musique de jazz, triste comme un saxophone en pleur,
sortie de je ne sais où, m’a suivi jusqu’à chez Gustrave
où je suis entré par la porte
car cela m’a semblé le moyen le plus pratique
pour pénétrer dans son établissement de boissons.
Gustrave m’a dit que j’étais beau comme un saoul neuf alors que j’étais à jeun.
Je suis allé m’installer à la table du fond, dans le coin
et j’ai commandé la chose la plus forte qu’il pouvait avoir.
Il m’a apporté un verre d’alcool à 90 (quatre vingt dix).
 
Et je me suis souvenu, je pensu, j’évocu (le sien principalement),
en un mot je me suis rappellu le passé.
Mais avant, d’un geste du doigt j’ai recommandé la même chose à 90 (quatre vingt dix).
 
C’était le lendemain de mon rendez-vous avec ce vieux grigou de Dieu
( pour vous situer dans l’espace temps),
Didière m’avait appelé sur mon portable
pour me demander si je pouvais venir au parc
parce qu’elle avait quelque chose de très important à me dire.
J’ai pas réfléchi longtemps avant de lui dire oui,
disons que j’ai réfléchi à la vitesse de la glace de ma salle de bain,
c'est-à-dire instantanément.
J’ai filé comme le vent dans la prairie,
aussi léger qu’un brin d’herbe qui virevolte un matin de printemps.
Didière m’attendait.
Didière m’attendait !
Elle m’avait appelé du parc en fait, à l’aide de son portable.
J’ai adoré les portables à cet instant.
Même ceux avec des musiques à la con en guise de sonnerie ;
c’est dire l’immense amour qui avait envahi ma modeste personne pour ces saloperies.
Je lui ai donné le bonjour
et elle me la rendu aussi propre que je lui avais donné deux secondes auparavant.
Je l’ai remis précieusement dans ma poche
et je me suis assis à coté d’elle sur le banc public,
banc public,
banc public,
où très certainement des amoureux étaient venu se bégotter
En s'disant des "Je t'aime" pathétiques
Avec des p'tit's gueul' bien sympatiques.
Je suis à peu près certain qu’ils n’ont pas fait que de se bégoter, d’ailleurs.
Mais passons.
Donc, après un petit mutisme d’introduction,
Didière m’a dit tout de go :
"  Je vais me marier et je souhaiterais plutôt que tu sois mon témoin, que rien. "
……………………………………………………………………………………………
Vous devez bien vous douter 
qu’il s’ensuivit un épais silence
accompagné de sa cohorte de lourds sous-entendus et de non-dits.
J’étais effondré
comme pouvait l’être les deux Tours du World Trade Center de New York
un onze septembre 2001 sur les coups de midi (heure locale).
J’ai dit " oui " comme on dit non, j’ai même rajouté (je crois), " bien sûr ".
Dans les décombres de mon cerveau, j’y voyais plus rien,
il y avait des gens qui criaient, des femmes qui pleuraient,
j’entendais : " Mais pourquoi ? " " Qu’est-ce qui se passe ? " " Qui est-il ? "
Un homme est venu m’agripper, en larmes :
" D’où sort-il ce salaud, que j’aille lui faire la peau ."
Je lui ai dit de me lâcher.
Une sirène a retenti.
Elle me disait : " bon puisque tu es d’accord, j’y vais. "
Et effectivement, elle y est allé.
Mais avant d’y être allé,
elle s’est légèrement penchée et m’a embrassé la joue,
droite, je veux dire par là,
la joue qui se trouve à la droite de mon visage quand c’est moi qui regarde,
la gauche donc pour elle.
Il faut être précis parfois dans ces moments là de grande catastrophe,
car c’est votre vie qui en dépend, comme auraient dit les Bourgeois de Calais.
 
Voilà, je me suis remémoru ( et c’en est une).
Gustrave était en train de m’accompagner à la porte.
" Moi aussi je suis témoin, qu’il était en train de me dire, on va être en retard."
 
Je vous épargnerais la cérémonie,
mais sachez seulement
qu’il y avait assez de riz sur le parvis de l’église pour nourrir la moitié du Darfour.
Quant au marié, plus insignifiant que cette grande saucisse, je ne vois pas.
Comment pouvait-elle ainsi tomber dans les bras du premier velu ?
Si c’est ça les goûts de Didière, alors vraiment,
cette fille n’était pas faite pour moi, nous n’avions rien en commun,
et ça m’a mis un peu de baume au cœur, enfin sur ce qu’il m’en restait.
Je me console comme je peux, c’est une sorte de console de " je ".
 
Je me couche ce soir,
en sachant pertinemment que ma vie ne sera plus jamais merveilleuse.
 
Adieu.
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
On ne te l'a pas commenté ??? Mais c'est une belle histoire toute émouvante, mélancolique... mais si drôle aussi. Merci Gilo des éclats de rire qui m'ont secouée à le lire par moments !<br /> Bonne année à toi !<br /> Amitiés,Béa
Répondre