Mais pourquoi suis-je donc rentré si tard ?
Il devait être dans les onze heures du soir.
Je les ai vu alors qu’ils étaient encore loin.
J’aurais pu faire demi tour,
Il était encore temps,
Partir en courant,
Mais cela ne les aurait-il pas excité davantage ?
Et ils se seraient engagés
Dans une chasse à l’homme à l’issue bien prévisible.
Et puis je ne suis pas un lâche,
C’est ce que je me suis toujours évertué à penser de moi,
Je ne suis pas un lâche,
Je marchais en me répétant
Je ne suis pas un lâche,
Je ne suis pas un lâche,
Je ne suis pas un lâche,
Arrivé à leur hauteur,
Ils m’ont barré le passage,
Ils étaient trois,
Dans l’ombre du mur,
Une masse gémissait doucement.
Le plus petit,
Il devait avoir dix ans,
A sorti un tournevis de sa poche.
Je n’en menais pas large,
Je savais que mon sort était scellé ;
Le plus grand devait avoir douze ans,
Ils ne risquaient pas grand-chose,
Au pire six mois de travaux d’intérêt général ;
J’allais mourir.
La masse dans l’ombre du mur s’est relevée péniblement,
C’était une petite bonne femme
Qui avait le visage salement amoché.
A ma grande surprise,
Ils l’ont laissé partir.
Elle n’avait pas fait cinq mètres
Que le petit au tournevis lui a lancé :
- Maman, passe au MacDo acheter des nuggets.
- Mais tu as brûlé le Mac Do hier.
- Vas au Quick alors. Et n’oublie pas le Ketchup.
Putain, mais pourquoi suis-je rentré si tard !